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La voie Domitienne dans la traversée des Pyrénées et la Porte des Cluses

(Le Perthus, Les Cluses ; Pyrénées-Orientales) Apports du projet européen Enllaç-Poctefa 2012 Jérôme Kotarba, Céline Jandot, Georges Castellvi

Résumé des points essentiels fouillés en 2012 dans le cadre du Projet Enllaç

Communes des Cluses, du Perthus et de Maureillas

Résumé :

Le tracé de la voie Domitienne dans la traversée orientale des Pyrénées a fait l’objet de nouvelles études en 2012 en plusieurs points précis de la branche dite « du col de Panissars » (au lieu-dit Mas de Panissars à la montée vers le trophée de Pompée ; au niveau de la Porte des Cluses et au niveau de Rom III), ainsi qu’au passage de la branche dite La Dressera au droit du fort antique de la Cluse Haute.

Les fouilles montrent une phase de structuration, voire de restructuration durant l’Antiquité tardive, liée à la mise en place des fortifications des Cluses. Les tronçons documentés correspondent alors à des passages étroits n’autorisant la circulation des charrois que dans un seul sens. La possibilité de passages bien dissociés pour chaque sens de circulation, en bas de vallée pour l’un, sur les crêtes de l’autre versant pour l’autre, mérite d’être posée. Les forts des Cluses assuraient la surveillance des deux tracés. La tourporche de la Porte des Cluses, dont l’étude a été complétée, visait à fermer physiquement le passage par le fond de vallée.

Mots-clés :

Voie Domitienne, Pyrénées, Antiquité, forts des Cluses, Porte des Cluses, clausurae, trophée de Pompée, Summus Pyrenaeus.

1. Mise en place de l’opération de fouilles et bilan des connaissances (années 1980-90)

Dans le cadre du projet européen Enllaç – Poctefa 2007-2012, porté par le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, le réseau de la voie Domitienne au niveau du franchissement des Pyrénées (entre les communes de Maureillas-Las Illas et du Perthus) a fait l’objet de fouilles dirigées par J. Kotarba (Inrap) avec l’appui de G. Castellvi. Cette proposition de fouilles, accompagnée d’un financement avec participation de fonds européens, avait été formulée en 2011 auprès du SRA du Languedoc-Roussillon par le Service des Routes du département des Pyrénées-Orientales, maître d’ouvrage de l’aménagement d’un circuit cyclable traversant ces communes.

C’était l’occasion, vingt ans après les travaux de l’équipe de G. Castellvi (1984-1997), de faire un nouveau point des connaissances sur le réseau de la voie Domitienne dans la traversée des Pyrénées, entre l’emplacement des stations d’ad Centuriones / ad Centenarium (supposé jusqu’alors à Fenollar) et d’Ad Summum Pyrenaeum (vestiges sur le versant sud du col de Panissars, à quelques centaines de mètres des vestiges du trophée de Pompée). L’essentiel des résultats antérieurs a été publié dans deux ouvrages de référence : d’abord dans les DAF 61 avec l’article « La via Domitia en montagne : la traversée des Pyrénées » (Castellvi 1997), puis dans le supplément 58 à Gallia avec le chapitre « Le contexte archéologique (du monument de Panissars) » (Castellvi et al. 2008, 51-66) ; d’autres données complémentaires ont également été publiées dans la CAG 66, en 2007. La voie dans la traversée de la montagne a ainsi été décrite comme un réseau de cheminements parallèles utilisant deux itinéraires de fond de vallée (vallée de la Rom menant au col du Perthus et vallée de la Freixe menant au col de Panissars) et un itinéraire de crête (dénommé La Dressera) (fig. 1A). Ce dernier itinéraire a desservi les hameaux de La Cluse del Mitg et de la Cluse Haute jusqu’au XVIIIe s. Mais, si sa mise en place est associée au fort antique de la Cluse Haute autour du IVe s., on ne peut dire si son tracé est plus ancien.

De même, on peut supposer que la branche de fond de vallée remontant la rivière de Rom est plus ancienne que celle de la vallée de la Freixe car les sites du col du Perthus sont datés des IIIe-Ier s. av. J.-C. alors que l’accès au col de Panissars ne daterait que des années 70 av. J.-C. (route ouverte par Pompée dès 76 av. J.-C. ? puis construction du trophée à partir de 71 av. J.-C.). Le trophée de Pompée conçu comme monument routier, les vestiges de la station du Camí de Panissars toute proche, identifiable à celle d’Ad summum Pyrenaeum, le milliaire constantinien retrouvé en remploi au col sont autant d’éléments de datation absolue pour dire que cette branche a été utilisée au minimum de la fin de la République jusqu’au IVe s.

2. Les apports de la campagne de 2012

2.1. La montée vers Panissars

L’opération menée autour du Mas de Panissars a porté sur plusieurs endroits qui se répartissent au nord du mas en ruine, à ses abords immédiats et au sud de celui-ci (fig. 1B). Les relevés topographiques ont été poussés jusqu’au site de Panissars, pour lequel l’altitude du franchissement culmine à 333 m NGF. L’ensemble permet de restituer une pente théorique de 10 % en moyenne entre la zone la plus lointaine au nord et le franchissement du trophée de Pompée. De manière globale, la pente entre Panissars et l’extrémité nord-ouest des observations autour du Mas de Panissars représente environ 19 m de dénivellation pour un peu moins de 200 m de tracé linéaire. Mais, un regard détaillé permet d’observer que la fin de montée vers le col de Panissars comprend des zones très pentues.

On peut restituer, en démarrant du point d’observation nord qui est aussi le plus bas, une première portion de presque 100 m avec une pente assez faible, entre 2 et 8 % ; puis une seconde partie d’une centaine de mètres où la pente est plus marquée avec un pourcentage compris entre 12 et 14 %

(fig. 1C). Parmi les cheminements reconnus, il y en a un par un raidillon, dont la pente semble irréaliste (26 % sur 10 m linéaires). Emprunter ce passage très pentu n’atténue que partiellement la montée finale, pour abaisser le pourcentage de la fin du tronçon à 6 %. Il faut certainement voir, dans ce passage particulièrement raide, une étape ultime de dégradation de la voie et probablement un usage dans un seul sens aidé par des engins de retenue ou de treuil. On pense notamment à l’étape de démontage du monument de Panissars et à l’acheminement des pierres de construction vers la Porte des Clusesainsi que le fort de la Cluse Haute. La grande profondeur des ornières retrouvées à cet endroit, même si elle peut être en partie due à un gneiss qui se prête bien à l’altération, laisse entrevoir l’usage de charrois très lourds. Enfin, précisons également que l’accès même au passage nord sous le trophée, dans l’état le plus dégradé reconnu, s’effectue avec un pourcentage de 18 % et des ornières très fortement  engravées dans le rocher.

2.2. Les voies aux Cluses

Les différents secteurs retenus pour étude dans le cadre de l’opération Enllaç avaient déjà été reconnus ponctuellement lors des travaux réalisés par G. Castellvi et son équipe (19861988), publiés dans le DAF 61 et dans la CAG 66 (Castellvi 1997). La dénomination des sites a été conservée.

2.2.1. La via Domitia à Rom II

Ce premier tronçon de voie antique prend son assiette dans un versant en pente régulière à 20 %, où un petit replat a été aménagé sur environ 4 m de large. Les ornières du passage le plus bas sont visibles et distantes de 1,46 m (fig. 2A). Le relevé topographique effectué en 2012 permet d’établir une pente moyenne de 7 % entre cet endroit et le secteur de Rom III, situé 60 m plus au sud.

2.2.2. La via Domitia à Rom III

Le secteur de Rom III visait à étudier un passage complexe de la voie, bien conservé et comprenant une réfection. On pouvait observer au préalable qu’elle avait été aménagée en corniche au-dessus de la rivière puis, dans un second temps, en tranchée.

Fig. 1 – Les différents tracés routiers reconnus dans les parties escarpées de l’Albera et la via Domitia vers le trophée de Pompée/Panissars (Le Perthus). A: Les différentes branches reconnues et les sites antiques proches. B : Plan des parties étudiées au nord de Panissars. C : Représentation synthétique de la montée nord vers le Trophée de Pompée (fond cartographique : BD Ortho IGN, données:d’après Castellvi 1995 et 1997, SIG : V. Vaillé, Inrap ; dessin et DAO équipe Inrap Saint-Estève ; cliché et DAO J. Kotarba, Inrap).
Fig. 2 – La via Domitia et la Dressera sur la commune des Cluses : coupes transversales au niveau de Rom II et III, de la Porte
des Cluses et de la Cluse Haute, et aperçu du muret du parapet conservé à Rom III (plan et coupes : équipe Inrap de Saint-Estève; topographie C. Bioul, Inrap ; cliché J. Kotarba).

La voie initiale (Rom IIIa ou branche est), la plus proche de la rivière, comprend à la fois la tranchée de fondation d’un mur de soutènement du côté de la rivière, et une large surface plane aménagée dans le rocher. Cette corniche, d’environ 4,70 m de large, porte des traces d’usures légères de trois faisceaux d’ornières pouvant être associés à un double cheminement (fig. 2B). En allant vers le sud, le rocher aplani disparaît, laissant place à une falaise de plusieurs mètres. L’entaille de mise en place de la voie n’existe qu’au pied du rocher dressé verticalement, et conserve une ornière. En contrebas près de la rivière, la roche porte la trace d’une grosse entaille sommaire pouvant servir d’ancrage à un mur de soutènement de grande taille (fig. 2C). Seul un aménagement de cette nature pouvait permettre de contourner le versant rocheux qui devient très abrupt. C’est la dégradation de ce mur, plutôt que  l’effondrement d’un pan de montagne, qui a dû rendre ce tracé  inutilisable et motiver le recours à un nouveau passage.

Cette réfection (Rom IIIb ou branche ouest) est pratiquée un peu plus haut dans le versant. Elle comprend une tranchée ouverte dans la roche d’environ 15 m de long pour 3 m de large, pouvant atteindre jusqu’à 4 m de creusement vertical

(fig. 2C). Du côté nord, le nouveau tronçon vient se raccorder au précédent. À cet endroit, on observe une bifurcation qui permet de passer de deux cheminements au nord à un seul dans cette nouvelle tranchée. Une portion de muret construite sur la voie ancienne sert de soubassement à une partie de voie en biais (fig. 2B), marquée par des ornières successives venant déraper sur une arrête rocheuse. Plusieurs ornières parallèles sont visibles, dont deux plus profondes. Elles attestent d’un passage fréquent avec des charrois. Par comparaison, on constate que le passage initial a été moins dégradé que le second qui l’a remplacé, sans doute parce qu’il concentrait le passage dans les deux sens.

Ce nouveau tronçon débouche du côté sud sur une falaise de plusieurs mètres, maintenant plus éloignée du lit du ruisseau que la branche est. On peut à nouveau en déduire la construction vers le sud d’un tronçon comprenant un mur de soutènement important côté rivière. Il pourrait s’agir pour partie du réaménagement du tronçon plus ancien. Quelques traces d’entailles dans le versant ont été reconnues entre cet endroit et la Porte des Cluses distante de 100 m environ. Entre la branche ouest de Rom III et le début du replat de la Porte des Cluses, la pente est inversée et en légère descente de 2 %. Le tracé plus ancien, par la branche est, devait être, à peu de chose près, plan.

Un morceau de muret reste encore en place, juste au nord de la zone étudiée à Rom III. Il s’agit de la fondation du parapet côté rivière. Ce tronçon, préservé dans un creux du rocher, est long de 3 m et haut de 1 m environ. La fouille l’a très sommairement nettoyé pour ne pas le déstabiliser ; il semble avoir été monté en pierres sèches, peut-être liées à la terre.

2.2.3. La via Domitia à la Porte des Cluses

En parallèle à l’étude des vestiges bâtis de la porte, la voie a fait l’objet d’une attention particulière avec un relevé précis des ornières. Sur cette portion de 30 m de long, entaillée dans le rocher, la pente est régulière et monte de 5 %. Les traces d’ornières sont nombreuses et se répartissent en deux faisceaux de 0,60 à 0,90 m de large. Ces traces montrent clairement un passage pour des charrois ne pouvant se faire que dans un sens à la fois (fig. 2D). À aucun moment nous n’avons mis en évidence de traces d’usure ou d’ornières qui pourraient indiquer une voie avec double passage, même dans les parties les plus larges.

Au nord de la construction, la surface, étudiée sur plus de 20 m linéaires, s’interrompt brutalement avec la disparition du rocher, remplacé par le lit de la rivière. Au niveau du bâtiment, les traces de la voie sont nettes sur toute sa longueur puis disparaissent côté sud avec le rocher. Un peu plus loin, un appointement rocheux porte les traces de l’ornière ouest. Le bâtiment à cheval sur la voie est installé dans une large courbe. L’endroit précis de sa construction répond à des nécessités de protection et de défense, profitant notamment de l’étroitesse de la vallée. Cet aménagement participe d’un programme déterminé comprenant la construction de deux grands forts en position dominante.La mise en place de la voie au niveau de la porte a occasionné des travaux de taille du rocher, pour une installation en corniche à 4 ou 5 m au-dessus du lit de la rivière. Le rocher a été dressé verticalement ou subverticalement sur une hauteur de 3 à 4 m, dégageant une largeur aplanie comprise entre 3 et 5 m (fig. 2E). Si c’est bien un cheminement à voie unique qui est conservé au niveau de la Porte des Cluses, il convient de préciser que les vestiges étudiés appartiennent clairement à un aménagement ou réaménagement concomitant à la mise en place de la porte. L’ensemble est attribuable, pour diverses raisons[1], au Bas Empire. La possibilité d’un cheminement antérieur existe mais n’a pas laissé de traces tangibles.

Le pied du versant retaillé présente un biais net d’environ 0,50 m de haut. Cette disposition « talutée » vise à écarter les roues qui pourraient être trop proches de la paroi verticale. Le profil relevé montre une position du charroi légèrement penché vers la rivière. C’est probablement un parapet qui assurait une protection de ce côté. À l’intérieur du bâtiment, le passage s’apparente à une tranchée, avec le rocher dressé du côté ouest et le mur parementé de l’autre côté. Au pied de ce mur, les ornières les plus proches relevées sont distantes de 0,50 m.

2.2.4. La Dressera à la Cluse Haute

Un petit tronçon de voie ancienne est situé au nord de l’entrée du hameau de la Cluse Haute. Le segment étudié, long d’une vingtaine de mètres, borde le fort antique de la Cluse Haute, dont l’occupation la plus ancienne date du Bas Empire. Le chemin implanté en tranchée dans la roche passe contre l’angle nord-est et se situe en contrebas d’une porte d’accès du fort. Ce passage encaissé a été réalisé postérieurement au fort ou bien de manière synchrone. Ainsi, il pouvait à la fois en assurer une desserte et faire l’objet d’un contrôle.

Les vestiges étudiés comprennent une partie dégradée de la surface de roulement ancienne. On observe encore de légères empreintes correspondant aux ornières. La mise en œuvre en tranchée a permis de réaliser une voie assez étroite de 3 m restitués au maximum (fig. 2F). Les ornières sont multiples et constituent deux faisceaux de 0,50 m de large, séparés par une bande d’un peu moins d’un mètre. La distance entre les ornières « extrêmes » mesure 1,46 et 1,48 m de centre à centre. Leur dégagement n’a pas permis de mettre en évidence de niveau de recharge. La surface de roulement semble être restée longtemps à l’air libre et a même subi des dégradations. Aucun mobilier antique en place n’a été trouvé pour apporter des éléments de datation de son fonctionnement.

À l’époque moderne, au milieu du XVIIIe s. d’après les études historiques réalisées, une route nouvelle est créée juste à côté. C’est à cette période que débutent les travaux de mise en carrière des parois rocheuses bordant le chemin antique. Ils sont destinés à fournir des pierres pour construire cet ouvrage et les murs de soutènement qui la bordent. Dans une dernière étape, la bande de roulement de l’ancienne voie est volontairement détruite pour être rendue impraticable.

2.2.5. Considérations communes aux différents points d’observation

Le cheminement de la via Domitia au fond de la vallée de la Rom, et en rive gauche de celle-ci, entre Rom II et la Porte des Cluses, est sinueux. Il est tributaire des possibilités d’appui dans le flanc du versant pour construire la bande de roulement de la voie. Il suit ainsi les boucles importantes de la vallée. Sur l’autre versant, le choix d’une voie de crête (connue par le nom local de La Dressera) permet d’éviter ces contraintes. Le long segment assez rectiligne reconnu laisse entrevoir sa mise en place à partir d’un point de visée au droit de l’angle nord-est du fort (fig. 2G).

D’un point de vue plus technique, le creusement en tranchée du tracé ouest de la via Domitia à Rom III trouve des similitudes de largeur notamment avec le passage de la voie à la Porte des Cluses ou encore avec celui restitué de la Dressera à la Cluse Haute. C’est alors une tranchée de 2,60 m à 3,20 m qui est recherchée pour un passage à sens unique. À la Porte des Cluses, avec la restitution des vantaux fermant la construction, la largeur maximale a été estimée à 2,25 m pour une hauteur voisine de 4 m.

Les recherches entreprises en 2012 n’apportent pas de données stratigraphiques ni de mobilier pour dater les différents tronçons dégagés. À Rom III, il y a une relation de chronologie relative entre la branche est, plus ancienne, et celle ouest aménagée dans un second temps. Par contre, d’autres éléments de chronologie peuvent être déduits de la concomitance constatée entre la voie conservée et la Porte des Cluses d’un côté ; d’autre part entre la Dressera et le fort de la Cluse Haute de l’autre. On pourrait voir dans ces différents aménagements une phase majeure de structuration conjointe de la voie avec les forts qui surveillent et régulent les passages. Elle serait attribuable à un large Bas Empire allant du IIIe au Ve s. Comme pour le mur en grand appareil de la Porte des Cluses, la construction du fort de la Cluse Haute se place au moment de la mise en carrière antique du trophée de Pompée à Panissars. G. Castellvi propose de dater cet événement de la fin du IVe s. ou du tout début du Ve, le début de démantèlement ne pouvant être antérieur au début du IVe s. (Castellvi et al. 2008, 83-85).

Sur ces tronçons étroits, sans doute fortement surveillés, le passage retenu est celui d’une voie unique[2]. Bien sûr, des zones plus larges devaient exister en amont et en aval de ces points particuliers pour permettre au flux montant et descendant de se croiser, comme cela pourrait être le cas juste au nord de Rom III, avec une largeur d’au moins 4,50 m.Néanmoins, il convient de s’interroger sur l’existence conjointe des deux cheminements et la possibilité de la répartition du trafic montant sur une branche, et de celui descendant sur l’autre. Du côté nord du massif, la jonction entre la via Domitia de fond de vallée et la Dressera se fait à proximité du pont médiéval de la Cluse del Mig, soit précisément à l’endroit où la vallée se rétrécit et devient escarpée. De l’autre côté, le cheminement par la Dressera est difficile à dissocier d’un passage par le col du Perthus. Celui par le fond de vallée pourrait passer par ce même col en remontant la vallée de la Rom, ou bifurquer par la vallée de la Freixe et basculer sur le versant hispanique au col de Panissars. Si ce dernier cas est retenu, ce pourrait être tout le franchissement des Albères qui se ferait avec deux itinéraires séparés se réunissant de part et d’autre du massif. Les forts des Cluses auraient été établis pour surveiller le côté gaulois de ces deux cheminements.

Sur le versant ouest, depuis la guérite nord du Castell dels Moros, aménagée dans le tronçon de rempart le plus bas (côté est), on dispose d’une vue très dégagée sur le secteur de Rom III et sur le passage en tranchée. La volonté de surveillance semble indéniable. Elle prend place dans les constructions réalisées notamment pour défendre une arrivée ennemie depuis le versant septentrional des Albères, dans le contexte du royaume wisigoth installé en Hispanie.

L’existence de premiers aménagements, plus anciens que les réfections associées au Bas Empire, n’est documentée qu’à Rom III, pour le passage par la vallée de la Rom. À la Porte des Cluses, aucune trace de tracé ancien ne subsiste. On ne sait pas non plus s’il en a existé un du côté de la Dressera.

À Rom III, pour cette phase ancienne, il s’agit d’un passage en corniche de près de 4,70 m de large comprenant une double circulation. Elle comprend à la fois l’installation nette d’un parapet côté rivière, puis la mise en place probable, lorsque le rocher n’est plus présent, d’un cheminement mixte avec un mur de soutènement important comportant un petit ancrage dans le versant. Nous ne disposons pas d’élément chronologique pour dater cette phase d’utilisation. À titre de comparaison, le passage aménagé sous la tour-porche du trophée de Pompée à Panissars, vers 70 av. J.-C., mesure 5,15 m de large d’un piédroit à l’autre. Le creusement très fort des ornières les plus tardives ne permet plus d’isoler les traces d’un passage double initial.

2.3. La Porte des Cluses

La Porte des Cluses, liée au passage de la voie antique, a été établie avec une volonté d’aménagement programmé sur cet emplacement particulier (fig. 3).

2.3.1. Les empreintes du rocher

Une installation organisée

La roche a été entaillée et excavée, à la verticale et à l’horizontale, pour créer deux replats. Le replat inférieur comprend le passage de la voie, bordé à l’est par la mise en œuvre d’un mur en pierres de tailles occupant l’éperon surplombant la rivière. Un autre replat en L, côté ouest, prend place à 3,90 m au-dessus de la voie. À cet endroit, la hauteur de la roche a été employée comme support afin d’asseoir un plancher et un ensemble de constructions (fig. 3A).

Les indices d’un passage sous contrôle

Du côté sud de la construction, le parement du rocher garde la trace d’une gorge verticale de 2,90 m de hauteur, de profil trapézoïdal, de 0,40 m de long pour des côtés respectifs de 0,10 et 0,07 m, déjà observée antérieurement (Castellvi 1989, fig. 7). La présence de cette encoche verticale, à cet endroit, pose question. Parmi les possibles interprétations, il y a celle d’une fermeture de type vantail de bois à double pan ou bien d’une grille, en l’absence de crapaudine de porte observée. De l’autre côté du bâtiment, toujours en bordure de la voie, à l’aplomb de l’angle du mur supérieur et dans l’axe de ce dernier, subsistent les empreintes sur la roche d’un aménagement volontaire. On observe la partie dormante d’une crapaudine ainsi que des dégagements pour les vantaux d’une porte dont l’évasement est marqué sur un plan circulaire par un vantail en rotation arrière (fig. 3C et F).

À l’extérieur de la construction, le rocher entaillé présente un replat courbe évité par la voie. Ce replat, réservé de la sorte, a été interprété comme le support de base probable d’un accès (escalier en bois ?) à la partie nord de la tour.

2.3.2. À l’est, un mur en pierres de taille

Bordé par la rivière Rom à l’est et par la voie à l’ouest, cette construction de type monumental employant des blocs taillés prend appui sur le rocher après son aménagement. Ce mur a été observé sur une longueur de 11 m pour une hauteur minimale de 3,50 m. Sa largeur est variable, en fonction du relief et de l’état de conservation : au nord, elle atteint 3,56 m ; en partie centrale, elle se réduit à 2,50 m ; au sud, elle n’est plus que de 2 m.

Mode de construction

Sa construction emploie dans sa fondation des blocs de grès gris3, des blocs de grès jaune pour son élévation, dont la plupart ont disparu, avec pour liant du mortier de chaux blanc, très compact (fig. 3B). Côté parement ouest, le mur comprend une première assise de blocs taillés de grès jaune, se développant sur une hauteur de 0,40 m, avec une disposition en panneresse. Sur le parement est, la fondation adopte une position en boutisse. À l’extrémité sud, un apport de cailloux ennoyés dans du mortier comble les anfractuosités du rocher.

L’hypothèse du soubassement d’une statue ou colonne est posée en raison de l’étroitesse de cet aménagement dans cette partie.


Fig. 3 – Porte des Cluses. A : Vue d’ensemble depuis l’est des aménagements construits. B : Parement ouest du mur est.  C : Plan général des vestiges avec proposition de restitution des murs manquants. D : Coupe au niveau de l’entrée nord de la construction, avec proposition de restitution des élévations. E : Agencement des murs ouest et nord avec les négatifs des poutres du plancher. F : Vue zénithale de la crapaudine (clichés : C. Jandot, Inrap ; dessins : équipe Inrap de Saint-Estève).

3. Des travaux récents conduits dans le cadre du PCR PETRVS : « Identification et localisation des roches et des carrières utilisées dans la construction en Roussillon au Moyen Âge », permettent de préciser que cette roche correspond au grès gris bleuté à ciment siliceux du Tech, dont un affleurement a été repéré au Boulou ( Martzluff et al.2016, 107-108).



[1] . Elles sont à la fois historiques (citations du début du Ve s. sous la forme Pyrenaei claustra) et archéologiques (mobilier le plus ancien attribuable à la première moitié du Ve s.). L’ensemble constitue également une réalisation de grande cohérence d’un point de vue géographique.

[2] . Ce passage étroit trouve un point de comparaison en plaine avec les observations de Coste Rouge sur la commune de Perpignan. À cet endroit, au sud de Ruscino, une branche de la voie domitienne, probablement la voie directe reliant Ruscino et la vallée de la Rom, a été établie dans une tranchée profonde creusée dans une colline pliocène. La bande de roulement en fond de creusement est unique. L’ensemble se met en place dans le courant du Ier s. av. J.-C.

( Courtois 2011, 210).

2.3.3. Les vestiges d’une tour de contrôle

Une installation à flanc de rocher

À l’ouest, des murs porteurs, dont la conservation en élévation sur 4,60 m est exceptionnelle, servaient de soubassement à un bâtiment de type tour : négatif de poutres d’un plancher et de son hourdis ; premier et deuxième étage avec un accès extérieur. Le mur ouest domine la voie, qu’il surplombe de 3,90 m en moyenne, comme en témoignent l’empreinte de son plancher et le retour de son mur nord et de son mur sud (fantôme).

Ce mur est installé sur le replat créé par le cisaillement de la roche selon une orientation nord-sud, parallèle à la voie. Long actuellement de 9,30 m et large de 0,58 m, il est chaîné au nord au mur de retour avec le mur est. Ce mur ouest prend un plancher pour base de fondation ainsi que son hourdis. Il est contreforté contre son parement ouest par trois structures bâties.

Dans son élévation, à 3,30 m (ou 3,08 m de la partie supérieure du plancher), il présente un rétrécissement de sa largeur, soit 0,45 m. Cela signifierait que le niveau 1 formait un étage haut de 3 m. À cet endroit s’ouvrait une baie dont le piédroit gauche est identifiable. Cette deuxième partie de l’élévation, considérée comme un deuxième étage, a une hauteur conservée de 1,30 m. Par ailleurs, il convient de noter qu’à l’emplacement du rétrécissement du mur, sur son parement est (côté intérieur de la tour), un rebord d’environ 0,10 m est présent, du fait que l’amincissement du mur entre sa base plus large (0,58 m) et cette deuxième partie de l’élévation, plus haute, est inférieure à cet endroit-là. Il est donc possible d’imaginer dans ce cadre la présence d’un second plancher léger marquant ce deuxième étage, s’appuyant sur le rebord constitué et utilisant la baie comme porte d’accès. Un mur extérieur a pu servir de support d’escalier pour accéder à cette dernière.

En partie sud, l’extrémité du mur n’est pas connue. Même si elle a subi les restaurations de 1991, rien n’indique une poursuite, un arrêt ou un angle dans cette partie. Il semble évident, du fait du plancher et du U constitué avec les autres murs, qu’il existait probablement un retour sud pour fermer cette tour porche. À cet effet, on peut remarquer, en l’état, un arrêt franc dans la maçonnerie qui pourrait correspondre à l’abattement d’un mur perpendiculaire.

En partie nord, l’agencement du mur ouest et nord-ouest est très net ; celui-ci appartient à la même étape de construction, comme en témoignent les traces de banchées à l’angle interne et externe de l’agencement de ces deux structures : il s’agit bien d’un bâtiment dont les angles sont liés par des banchées débordantes.

Une mise en œuvre complexe

Cet édifice a été érigé selon la technique de construction en banchées pour la maçonnerie en pierres liées au mortier[1]. Les témoins de cette construction sont les négatifs des clés de banchage, observables en alignement sur la longueur du mur et successivement sur sa hauteur, ainsi que les traces des planches de certaines banchées. Au total, 6 banchées ont été observées[2][3] ; leur hauteur n’est pas régulière et varie de 0,60 à 0,98 m.

Pour chaque banche, des trous de clés ont été identifiés, avec quelques manques sur certaines longueurs. Leur forme est généralement circulaire, parfois trapézoïdale pour un diamètre moyen général de 0,06 m ou un côté de 0,10 m ; leur espacement semble plutôt irrégulier, mais il faut dire que l’observation est tributaire de bouchages associés aux travaux de restauration.

Du point de vue des matériaux, cette élévation emploie des blocs de gneiss et de schiste ainsi que des galets, à l’exception de deux éléments de grès gris faits d’un fragment de bloc réemployé dans la masse. Du fait du type de mise en œuvre employé (banchées et planches), les éléments sont naturellement disposés en panneresse. Force est de constater, par ailleurs, l’absence de blocs d’angle.

2.3.4. Le plancher et son hourdis

Le plancher[4] est constitué de 16 emplacements de solives[5] constituées par des poutres, d’une moyenne de 0,25 m de côté, espacées de 0,16 à 0,39 m pour une moyenne de 0,29 m. En partie nord, il faut noter la particularité de la première poutre, qui sert de poutre de rive[6] au mur nord car elle s’ancre pour moitié dans son prolongement (fig. 3E). L’orientation des poutres est notable : en effet, celles-ci sont en biais (de 15 à 20°) par rapport au mur ouest qui les surmonte et ceci sans doute en raison de la volonté des constructeurs de couvrir le mur est déjà en place. En terme de forme, le parti pris des constructeurs reste la solidité, avec des négatifs des empreintes relevées montrant une dominante des sections rectangulaires avec des angles supérieurs coupés en biseau, et des dimensions de côté de 0,23 à 0,33 m en moyenne.

Les poutres sont posées à plat sur le rocher décaissé, en utilisant en longueur toute la surface disponible jusqu’au contact de la partie verticalisée du rocher ou des contreforts déjà positionnés. Cet arrêt variable a pour résultante des profondeurs sous le mur ouest comprises entre 0,30 à 0,86 m. Les poutres ont de ce fait été mises en place sur un chantier préparé, avec des contreforts positionnés, prédestiné à la construction des autres parties maçonnées.

Dans le même sens, un hourdis[7] de maçonnerie, inhérent à la cohérence de l’ouvrage de charpenterie, unifie l’espace (en comblant les vides) par un assemblage de pierres et de mortier, et enveloppe les poutres qu’il couvre par un simple lit de mortier.

Le mur nord

Il reste un témoignage concret du retour est/ouest. Érigé en banchée se coulant contre le contrefort nord-ouest, le mur nord se sert de la première poutre du plancher, poutre de rive, comme tuteur principal. On n’aperçoit plus que l’amorce de son retour, car il est aujourd’hui démoli.

Au final, cette restitution de la porte des Cluses correspond bien à une tour-porche (fig. 3D). Surplombant la voie avec son plancher, elle la surmonte avec ses deux étages. Le choix d’un toit à une pente, avec écoulement des eaux de pluies vers la rivière, a été retenu.

2.3.5. Au sud, des murs avec des aménagements périphériques

Le mur sud-ouest

L’architecture du mur sud-ouest se différencie des aménagements de la tour car elle est placée au sud de ces dernières et ne semble pas avoir d’interaction avec elles à première vue, dans un fonctionnement général. Ce mur est situé au sud du mur ouest et construit selon la même orientation (nord/sud). Toutefois, son axe est légèrement différent : son parement est arrive sur la partie centrale de la largeur du mur ouest. Long de 5,80 m et large en moyenne de 1,40 m, sa relation avec le mur ouest n’est pas établie clairement du fait de l’état de conservation des vestiges et de la restauration postérieure. Son état de conservation varie en fonction de la pente sur laquelle il est fondé, soit une hauteur de 0,50 à 0,88 m. En terme de matériaux, ce mur emploie de nombreux moellons ainsi que des fragments de blocs taillés en remploi : grès gris, grès jaune et gneiss (voir plan). Il n’y a pas de lien entre la nature des blocs et leur position dans les différentes composantes du mur (assises, parements). La dispersion des blocs dans leur agencement pour la constitution du mur indique seulement la volonté de constituer un parement plus ou moins droit et rectiligne. Les assises sont irrégulières, les blocs sont disposés en panneresse ou en boutisse sans aucune régularité. Au sud, le mur a poursuivi son délitement par l’effondrement de blocs épars ou par l’entraînement de l’atterrissement de gravats. Dans cet éboulement, un bloc de grès jaune mouluré, indiquant un départ de tore, a pu être mis au jour.

2.3.6. Éléments de datation de la tour-porche  de la Porte des Cluses

L’opération menée en 2012 n’apporte pas d’élément mobilier nouveau, observé dans les maçonneries ou lors des nettoyages, digne d’intérêt. La lecture des constructions et notamment la restitution du volume du mur est, fortement épierré au niveau de son parement, laissent entrevoir clairement un ensemble bâti cohérent. Si les techniques de construction entre mur ouest et est sont différentes, nous proposerons plutôt d’y voir un rôle différent. Le mur est avec son ensemble de blocs disposés en moyen appareil revêt un aspect ostentatoire fort. La largeur de la construction du côté nord et la nécessité d’une orientation perpendiculaire à la voie participent de cette volonté, peut-être de la même façon que les portes qui pouvaient fermer le passage sur la voie. On pourrait d’ailleurs trouver dans cette mise en œuvre comprenant un mur appareillé avec les blocs descendus de Panissars, un parallèle avec ce que fut précédemment la tour-porche monumentale du trophée de Pompée sous laquelle passait la voie.

Le premier étage de la construction installé sur un plancher puissant et construit de manière sans doute rapide par banchées successives, semble pour sa part répondre à un souhait d’efficacité. C’est contre ce mur à flanc de rocher qu’a été fouillé en 1991 un petit dépotoir domestique, situé dans l’espace entre le rocher entaillé et le parement ouest du mur, dont on peut penser qu’il a été colmaté peut de temps après son

édification, voire aussitôt, pour combler cette sorte de tranchée de fondation. Les éléments recueillis de vaisselle com-

mune et fine, ainsi que de verrerie correspondent à ce que l’on connaît localement pour l’extrême fin du IVe s. et la première moitié du Ve (Castellvi 1995 ; notice Castellvi dans CAG 66, 326). Les sigillées claires D de la seconde moitié du Ve s., présentes dans les différentes collectes et sondages à l’intérieur du Castell dels Moros, sont absentes de ce petit dépotoir.

La mise en place de la tour-porche de la Porte des Cluses pourrait ainsi être datée entre 370 et 450.

3. conclusions

L’habitat du Camp de la Torre,implanté dès la fin du IIIe s. av. J.-C.au col du Perthus, montre une fréquentation ancienne de ce col ; mais on ne peut dire si un cheminement protohistorique descendait sur le versant gaulois des Pyrénées par le fond de vallée de la Rom ou empruntait la ligne de crête de la rive droite. Dans la continuité, le franchissement de la chaîne montagneuse à l’extrême fin du IIe s. av. J.-C. reste non documenté directement. L’ensemble complexe et étendu des sites d’époque républicaine du col du Perthus (Mas Rimbaut, Camp de la Torre, Place du Villageet Pelegrí-La Tramuntana – ce dernier en Espagne) incite à maintenir l’hypothèse d’un cheminement ancien par le col du Perthus.

Pendant l’époque romaine, peut-être de manière très précoce, plusieurs tracés sont documentés (fig. 1A).

  1. La branche « commune » puis « du col du Perthus » (remontant la vallée de la Rom depuis le pont médiéval de la Cluse del Mitg jusqu’au col du Perthus) aurait pu être aménagée à l’époque de Cn. Domitius Ahenobarbus. Cette branche aurait pu être utilisée de manière quasi exclusive des années 120 aux années 70 av. J.-C. Le seul élément relativement plus ancien reconnu est celui de Rom III (Les Cluses), passage large en corniche puis en terrasse qui sera remplacé, à une date inconnue, par un passage plus étroit en tranchée.
  2. La branche « du col de Panissars » a repris la branche « commune » de l’itinéraire précédent, bifurquant du passage initial après le défilé des Cluses, au niveau des limites communales actuelles des Cluses et du Perthus. Elle desservait le trophée de Pompée érigé à partir de 71 av. J.-C. et aurait donc pu être établie à cette occasion ou peu avant (vers 76-71 av. J.-C.), La voie descendait ensuite sur le versant espagnol et se raccordait à l’itinéraire descendant du col du Perthus à hauteur du Pont d’Espanya, à environ 1 mille du col de Panissars. À quelques 150 m au sud du trophée s’établit la station d’Ad Summum Pyrenaeum,identifiée avec le site du Camí de Panissars (La Jonquera) ; équipée de thermes, elle semble avoir fonctionné jusqu’au IIIe s. Cette branche aurait été utilisée préférentiellement à celle du col du Perthus. La branche du col de Panissars semble bien avoir été l’itinéraire officiel du cursus publicus, ce que suggèrentson passage sous le trophée de Pompée, l’implantation de la station d’Ad Summum Pyrenaeum (site du Camí de Panissars) et la présence d’un milliaire d’époque constantinienne (Castellvi et al. dir. 2008, 174-177).
  3. La « voie de crête », connue sous le nom local de la Dressera (le raccourci, en catalan), pourrait être une création du IVe s., aménagée pour desservir le fort antique de la Cluse Haute à partir de l’entrée actuelle des gorges (village de la Cluse del Mitg) et rejoindre ensuite le col du Perthus où elle traversait la rivière de Rom sur le pont du Piló. Il est probable qu’au moins les deux branches du col de Panissars et de La Dressera aient alors fonctionné conjointement, durant toute l’Antiquité tardive, d’après les traces d’occupations tardives observées sur les deux clausurae du Castell dels Moros et de la Cluse Haute, de Panissars et du Camí de Panissars ; seul le col du Perthus n’a pas livré, à notre connaissance, de traces de cette époque. L’hypothèse d’un double cheminement entre la Cluse del Mitg et le Pont d’Espanya, soit sur toute la partie vraiment escarpée de cette traversée des Pyrénées, peut être émise.

Jérôme Kotarba

Inrap, UMR 5140

Céline Jandot Inrap

Georges Castellvi

CRESEM-UPVD, UMR 5140

Références bibliographiques

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Castellvi 1995 : CASTELLVI (G.) – L’occupation humaine le long des voies domitienne et augustéenne dans la traversée des Pyrénées (vallées de la Rom et du Llobregat d’Empordan). In : Le paysage rural et ses acteurs, premières journées du CRHiSM. Perpignan,1995, Presses universitaires de Perpignan, 1998, 27-45 (coll. Études).

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Castellvi et al. dir. 1997 : CASTELLVI (G.), COMPS (J.-P.), KOTARBA (J.), PEZIN (A.) – Voies romaines du Rhône à l’Èbre : via Domitia et via Augusta. Paris, M.S.H., 1997, 302 p. (DAF, 61).

Castellvi et al. dir. 2008 : CASTELLVI (G.),NOLLA (J.M.), RODÀ (I.) dir. – Le Trophée de Pompée dans les Pyrénées (71 avant J.-C.), Col de Panissars, Le Perthus, Pyrénées-Orientales (France), La

Jonquera, Haut Empordan (Espagne). Paris, CNRS éditions, 2008, 261 p. (Suppl. Gallia, 58).

Kotarba, Castellvi, Mazière 2007 : KOTARBA (J.), CASTELLVI (G.), MAZIÈRE (Fl.) –Les Pyrénées-Orientales. Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2007, 712 p. (coll. Carte archéologique de la Gaule, 66).

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In :  MARCHESI H. (dir.) – Bilan Scientifique 2011. Montpellier, Ministère de la Culture et de la Communication-DRAC-SRA Languedoc-Roussillon, 2012, 210-212.

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Architecture, principes d’analyse scientifique, vocabulaire. Ministère de la culture, de la communication, des grands travaux et du bicentenaire. Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Paris, imprimerie nationale, 1995, 623 p.

[1] . L’ensemble de la fortification du Castell dels Moros a été bâti avec cette technique, ce qui n’est pas le cas pour le Fort de la Cluses Haute, construit avec des pierres et des blocs parementés. Cette technique de banchées utilisant un matériau de pierres et de mortier était de tout évidence bien maîtrisée car elle est aussi utilisée pour les remparts sur des murs de grande épaisseur.

[2] . Du bas vers le haut : banchée A, hauteur : 0,98 m, banchée B : hauteur 0,60 m, banchée C : 0,78 m, banchée D : 0,78 m, banchée E :

[3] m, banchée F : 0,30 m (conservation partielle).

[4] . Plancher : pan de charpente horizontal, séparant les étages d’un bâtiment et portant un sol. Sa surface inférieure, lorsqu’elle est dégagée et horizontale, se nomme plafond. Les solives, qui sont les pièces essentielles du plancher, forment généralement une sorte de grille perpendiculaire aux murs portants (Pérouse de Montclos 1995, 139).

[5] . Solive : les solives sont les pièces horizontales d’un plancher posées à distance régulière les unes des autres, sur lesquelles on établit l’aire du parquet (Pérouse de Montclos 1995, 141).

[6] . Solive de rive : solive bordant l’un des côtés du plancher, plaquée contre le mur ou comprise dans celui-ci (Pérouse de Montclos 1995, 141).

[7] . Hourdis : remplissage en brique, en torchis, etc. (Pérouse de Montclos 1995, 139).